Un dimanche au verger/potager


Potager/Jardin forêt/Verger, Travaux / lundi, janvier 29th, 2018

03h00 du matin, je viens d’aller remettre quelques buches dans notre énorme chaudière qui assure le chauffage de tous les bâtiments. La lune est claire. Le sommeil retors…

Nous avons eu un beau dimanche au Parédé. Du soleil, tous les « nomades » présents pour des ateliers multiples : taille de fruitiers, avancement du potager et réparation du tracteur.

Nos deux mécaniciens en chef, Kevin et Enkidou, ont, suite à nos aventures dans les marécages (il faudra aussi que je vous raconte cet épisode), découvert que le tracteur fuyait. Un mélange de gasoil et d’huile s’échappait du bloc moteur ! Que se passait-il ? Etait-ce dû aux efforts surtractoriels infligés par balade dans des marécages où la boue arrivait à mi-roue (et les roues de notre tracteur, c’est pas des petites roues… non, non), alors que nous avions la remorque chargée de la moitié d’un châtaigner centenaire ? Quoi qu’il en soit, nous en étions là. J’étais déjà en train de préparer mon oraison funèbre quand je me suis rappelé que j’avais, juste là, deux as de la mécanique. Bon, faut dire qu’il sont as de tellement de choses qu’on en fini parfois par oublier certaines de leurs qualifications.

Donc, eux, aujourd’hui, pour échapper à la mission potager, ils avaient une bonne excuse. Le nez dans le tracteur. Le pauvre tracteur désossé avec les culasses dehors, on voyait les pistons et tout et tout… j’en frémis encore quand j’y pense !

-Mais les gars, vous êtes dingues ! Après il va falloir le remonter le tracteur, hein !?
– Ben oui et alors ?
– Je ne sais pas… moi ça me fout les chocottes de voir l’intérieur du tracteur dehors.
– … passe moi la clé de 17 s’il te plaît.

Ok, je me casse. Pas que ça m’intéresse pas, mais ça me fout vraiment la trouille quand un truc est ouvert, béant comme ça. J’ai l’impression que c’est tout cassé, foutu.

D’après ce que j’ai compris, il y avait du gasoil dans l’huile. Donc, ils ont tout nettoyé, resserré, etc et puis ils ont tout remonté. Et là le tracteur on dirait qu’il est plus neuf qu’avant qu’ils le démontent… sont quand même forts.

Heureusement, sur ma route, j’ai croisé Henri (et oui, on est dimanche) et il était hyper motivé pour aller planter quelques légumes-racines (on est un jour légume-racine, ne me demandez pas pourquoi, mais c’est écrit dans notre bouquin des lunes. Et comme on s’y connait pas encore très bien, et bien on le suit, nous, le bouquin). On se retrouve là, tous les deux, au bord de la table. Il y a plein de graines partout. Dans des pots, des enveloppes, des boîtes… et puis, il y a ce bouquin avec les jours pour ceci et ceux pour cela. On est un peu comme deux andouilles. Mais Kevin passe avec ses mains pleines de cambouis et après le cours sur le tracteur, il nous fait le cours sur le potager. Il nous sort des graines qu’il a échangé et qui sont de vieilles graines locales. Il nous file du maïs en nous disant de le planter en ligne pour servir de tuteurs aux haricots tarbais qui arriveront bientôt.

– Euh… c’est un légume racine, le maïs ?
– Arrête Alex ! Si Kevin nous dit de mettre du maïs on va mettre du maïs. Il a l’air de connaître la musique.
– Ah ça non Henri ! En musique c’est une bille ! S’il y a bien un endroit où enfin je peux briller un peu, c’est bien celui là. Enfin… je suis un piètre musicien, mais à côté de Kevin, je suis Mozart !
– Bon, vous avez suivi ?
– Heu… honnêtement ? Non, Kevin, il va falloir que tu répètes une troisième fois, je crois.
– Et IL FAUDRA PAILLER LES GARS !!! Les patates vous les mettez PAS dans la terre, mais SOUS la paille ! (ça c’est Enkidou qui de sous le tracteur peut pas s’empêcher de nous montrer qu’il s’y connait aussi en potager ! Il m’énerve mon frère… il m’énerve !)
– Ben oui je savais ! (là je mens, juste pour que Henri il ne pense pas que je suis mauvais en tout, surtout que Claire arrive et Claire, elle croit que je suis hyper balèze partout)
– Tiens mon amour. Des patates, des chouchous, les graines de carottes, celles de laitue, les tomates, les concombres, les haricots, les abricots… ben oui, ça rime… le fil, les piquets, la pelle, la pioche… (là Kevin, il tombe la bouche. « Merde » je me dis… « On est grillés ». C’est sûr qu’il va finir par s’apercevoir qu’on est des parisiens…)
– Claire, fin janvier, à 650 mètres d’altitude, les tomates, je pense que ce serait sage d’attendre un peu.
– Tu crois Kevin ? Même pas un petit plant de tomates ? Pour Galiléo ?
– Heu… faut que je retourne au tracteur. Enkidou m’attend.
– Il aime pas les tomates Kevin ?
– Si, si mon amour…

Bon, après ça, on descend avec Henri, chargés comme des mules. Claire a dessiné un potager de permaculture hyper beau. Mais dans la vraie vie, c’est assez compliqué à mettre en œuvre. C’est une fleur, des spirales, des bassins, etc. Du coup, on part aussi avec le plan sous le coude pour essayer de suivre l’architecture choisie.

plan du potager par Claire

Pendant ce temps-là, Gaël avec Partap, Lucie, Marie, Julie fait le beau en taillant les arbres à l’élagueuse. Claire les rejoint pour panser des arbres fruitiers qui ont été blessés pendant les tempêtes successives. Elle a une recette à base d’argile et de bouse de vache (l’onguent de Saint Fiacre), pansements qu’elle protègera ensuite avec de la cire d’abeille fondue et séchée en forme de feuille pour protéger les pansements de la pluie. Tout est fait avec les matériaux d’ici. Bouse maison, cire maison, seul l’argile vient du magasin.

Gaël et TOUTES les filles au verger

Ah si ! Finalement, on a quand même réussi à apprendre un truc à Kevin aujourd’hui ! Parce que des patates, on en avait déjà mis l’année dernière. Sous la terre, très serrées, tout pas bien quoi, mais quand même, on l’avait fait. Et avec Claire on est allé en ramassé régulièrement, mais depuis un an, on en a toujours laissé dans la terre, en se disant, ben comme ça ça continue à pousser… Et bien Kevin quand on lui a dit ça, aujourd’hui, il a fait un tête toute rouge, il nous a dit qu’on était inconscients et que les patates, si on les laissait trop longtemps, et bien alors, elles pourrissaient. Et bien, croyez-le ou non, avec Henri on a sorti plus d’un kilo de patates toutes roses, magnifiques. Seules quatre étaient mortes. Celles en surface. Du coup, on en repiqué une partie (les petites) et on a remonté un bon kilo à la maison. Et tac Kevin !

Donc, on a appris :

– Le maïs sert de tuteur. On le met donc avant ce que l’on veut voir pousser dessus (style haricots ou chouchous)

– les patates se portent mieux sous la paille, mais sur la terre que plantées sous la terre

– l’onguent de Saint-Fiacre, bouse de vache/argile pour les plaies des arbres. Surtout ne pas utiliser le goudron norvégien comme ils le faisaient avant !

– Il y a des jours légumes feuilles, des jours légumes racines, des jours… il faut regarder le calendrier lunaire avant de faire des conneries

– Les tomates, ça se sème pas en janvier ! D’ailleurs les tomates normalement tu les fais germer dans des godets et tu attends qu’elles soient bien vigoureuses pour les mettre en terre.

– Et enfin… un tracteur, ça se répare ! Même après un grand bain de boue.

Kevin et le tracteur

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